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mardi 11 décembre 2007

De la confiance en ses amis…

DISCLAIMER

** CA SPOILE À MORT**


On m'avait dit de pas y aller, mais voilà, faut que je n'en fasse qu'à ma tête…
Alors j'y suis allé, voir La Boussole d'Or, premier tome filmé de l'excellente trilogie À la croisée des Mondes de Philip Pullman.
Bon, on va pas gloser 107 heures sur les problèmes posés par l'adaptation. Il est toujours difficile et souvent très décevant de voir son imaginaire ne pas correspondre à celui du réalisateur. Mais là n'est pas la question… Certes, j'aurais pas pris la même actrice pour jouer Lyra, certes, le voix de Iorek est pas terrible, certes, Nicole Kidman et Daniel Craig sont bien dans leurs rôles respectifs…
Quoique pour Nicole Kidman, en fait… Il est vrai que je l'imaginais en Mrs Coulter sans problème (déjà en lisant, je la voyais elle, alors…) mais bon, elle est BRUNE Mrs Coulter. Détail, me direz-vous… Certes, mais tout de même !
Non, ce qui mérite coup de gueule, c'est le scénario. Adapter ne devrait pas être tromper, mais là, l'histoire se retrouve modifiée et pas qu'un peu.
Pourquoi révéler autant de choses sur le film. L'espèce de discours du début raconte trop de choses : on apprend déjà la nature de la poussière, ce qu'est l'aléthiomètre, à quoi il sert, qui peut le lire, le Magisterium, autant de choses distillées tout au long des trois tomes : le lecteur ne l'apprenant souvent qu'en même temps que l'héroïne…

Et puis, des incohérences : pourquoi aller à Svalbard avant d'aller à Bolvangar ? Ca n'a aucun sens géographique, pour commencer et aucun sens dans l'histoire tout court. Si Lyra DOIT aller chez les ours de Svalbard, c'est pour retrouver Lord Asriel qui est leur prisonnier, et donc APRÈS être allée à Bolvangar, pas avant : sa première priorité, ainsi que celle des Gitans, ce sont les enfants… De plus, si Iorek redevient roi avant Bolvangar, alors pourquoi ses ours ne sont pas avec lui pour la bataille finale ? Lorsqu'on voit l'emprise que Iorek a sur eux ensuite : les ours ayant une totale confiance en lui, leur absence est choquante !
Ensuite, pourquoi avoir passé sous silence toute la portée de la ruse de Lyra? Dans le livre, Iorek lui explique qu'un ours ne peut être trompé, au contraire des humains… Et justement, Lyra se rend compte que Ragnar souhaite devenir humain : il désire un dæemon, arbore des ornements humains. Ce ne sont pas des comportements d'ours. Elle prend alors le risque de le tromper. Sa ruse fonctionne sur un Ragnar obnubilé par la cupidité et l'envie. Rencontrant Iorek (encore grâce à une ruse, d'ailleurs…), elle lui raconte ce qu'elle a monté comme bateau. Et Iorek de ruser à son tour pendant la bataille ; l'échec de Ragnar n'en est que plus patent : il a perdu car il n'est déjà plus un ours !

Ensuite… la fin (lève les yeux au ciel !) !

AHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHH !!!

CRIS DE RAGE !!!

Je suis atterré qu'on ait pu ainsi transformer cette histoire… Le livre se termine mal, plutôt très mal, même ! Mais là, les scénaristes ont eu la bonne idée de nous pondre un happy end incompréhensible… La dramatique fin du premier livre va diriger toute l'action des 2 livres suivants et clôturait admirablement ce tome, laissant le lecteur choqué par un dernier numéro de faux semblant ainsi qu'une Lyra seule au monde qui venait de grandir d'un coup d'un seul, ses illusions froissées et déchirées. Le sens même du livre en est changé. Cruelle, cruelle, déception !
Du coup, on doute de la volonté des scénaristes d'aller jusqu'au bout de l'histoire : ne vont-ils pas s'arranger d'un symbolisme lourd et pataud sur certaines péripéties dont le sens et l'interprétation sont assez claires ?

*s'en va pleurer de rage*

M'en fout, vais aller voir Cate Blanchett dans Elizabeth, na !

vendredi 12 janvier 2007

Apocalypto

La question qui se pose à la sortie du film est : "Pourquoi ?"
Pourquoi la langue oubliée ?
Pourquoi la violence gratuite ?
Pourquoi la souffrance ?
Pourquoi avoir fait ce film ?

En ce qui concerne la langue, passons vite, c'est un peu comme la Passion, c'est seulement rigolo. Le seul truc, c'est qu'on se demande parfois si les acteurs savent vraiment ce qu'ils disent… La scène de la petite fille, véritable Cassandre, est emblématique : on a devant nous une enfant qui récite une poésie en annonant parce qu'elle ne sait pas ce qu'elle raconte…

La violence gratuite. Il s'agit d'un argument de vente du film : on y va pour voir "jusqu'où il est allé", on y va pour voir du sang. Un peu comme un porno, en fait, sauf que là, c'est du sang plutôt que du sperme.
Et ça coince un peu… Je veux dire, la violence est filmée comme partie intégrante de cette société, elle est crue (mais la violence l'est férocement, non ?) et se veut réaliste… Sauf que voilà, on passe ici la limite : la violence de ce film ne dégoûte pas, ne fait pas mal : on en rit presque. C'est un film gore et personellement, je l'ai vu comme tel. On rigole, on est impressioné de voir ce qu'il fait (Notre ami Mel, bien sûr), mais on n'est pas touché, on est loin de cette violence et loin du film, en fait. À ce titre, la scène du type qui vient de se ramasser un gros coup de massue à la tempe dont on voit la plaie qui, en plus de laisser apparaître un bout de cerveau, pisse le sang en jet est, en fait, franchement drôle : d'abord par son inutilité et aussi par son côté concours de bite : "regarde ma belle hémoglobine"…

Et la souffrance physique ? Souvenez-vous de la Passion du Christ : notre ami Mel filmait l'acceptation de la souffrance et la réalisation de soi par la souffrance, le tout passant par une soumission certaine à l'autorité (terrestre et divine à la fois dans le cas de Jésus). Il faut croire que notre ami Mel n'a pas encore fini de vider son sac. Notre héros (cf sa coolitude plus bas… J'écris en vrac, désolé !) se retrouve prisonnier et à 2 doigts d'être sacrifié sur cette foutue pyramide en escalier, comme deux de ses potes avant lui (Oui, notre ami Mel, c'est aussi Monsieur plus : "Pas un, mais deux, oui, vous avez bien lu, deux sacrifices humains !"). C'est le héros, je veux dire, on se dit qu'il va bien devoir s'en sortir. En général, un héros, il trouve toujours une solution, il se bat et nous, le public, sommes heureux pour lui car il a réussi… Donc on pense, en toute logique, qu'il va se battre, tenter quelque chose pour sauver sa vie, ne pas l'abandonner là, sous le couteau d'un prètre malsain et sous le regard d'une foule malsaine. Et bien non ! Rien, nada, niente, nothing : il ne bouge pas, avance et se laisse coucher sur le billot comme à l'abattoir. Bon, à ce moment là intervient une péripétie digne de Hergé (je vous laisse deviner… C'est fastoche) et hop, il est sauvé : message ? Soumets toi au(x) Dieu(x) et tu seras sauvé !
Merci notre ami Mel, merci bien !
Et "Aide-toi le ciel t'aidera", ça te dit rien ?

Le pourquoi du comment ?
Je me dis toujours en allant au ciné que des gens ont dépensé des millions de $ pour que ce film se fasse : ils doivent bien vouloir faire passer un message, non ?
Certes, des films sont fait uniquement parce qu'on espère un retour sur investissement colossal (des trucs genre le Transporteur…). Mais là, franchement, un film américain tourné dans une langue que personne ne comprend : il faut bien avoir envie de dire quelque chose pour se compliquer la tâche ainsi, non ?
Alors quoi, qu'est-ce que notre ami Mel a bien voulu nous dire ?
Déjà, que la civilisation c'est mal… Enfin presque. Le héros du film, c'est un type bien : il vit dans un village, une communauté harmonieuse, il chasse, il est joueur, déconneur, il a une belle femme enceinte jusqu'aux yeux, un beau fils, c'est le fils du chef, il demande rien à personne que vivre tranquillos sur son coin de forêt, en un mot comme en cent : il est cool !
Son village aussi, il est cool : les habitants ont des rôles précis, sans qu'il n'y ait vraiment de tensions sociales…
Puis viennent les hommes de la ville, mercenaires méchants au service du pouvoir royal. La vision de la ville est effrayante : misère, faim, maladie… et richesses. La pression sociale s'impose alors et on sacrifie des humains devant le roi, offrant à la foule déchaînée ce spectacle sanguinaire (des Jeux, mais sans pain, visiblement) : le message est clair : la civilisation corrompt un état de nature originellement bon… Tiens, notre ami Mel aurait-il lu (et certainement mal interprété) son Rousseau ?? Toujours au registre de la civilisation, arrive la fin (je mets entre crochets et en tout petit le spoiler de la fin dont tout le monde se fiche éperdument tellement elle est annoncée dans le film) : [le héros est indirectement sauvé par l'arrivée des Espagnols… Quel est le message ici : la civilisation Maya pas bien et les Espagnols bien ? Sachant toute l'ampleur de la christianité de notre ami Mel, il y a de quoi se poser des questions !]

Bref, le message du film est-il que la civilisation corrompt ? Qu'il faut aller au bout de la souffrance pour se révéler enfin à soi même ? Qu'il faut se soumettre aux Dieux, au pouvoir ? Que chaque civilisation porte en elle les germes de sa destruction ?
Un peu léger, non ?

Je ne peux terminer cette longue note sans aborder 2/3 points. Tout d'abord la maîtrise technique : notre ami Mel maîtrise son art, ça se sent. Bon, ce qu'il raconte c'est bof, mais visuellement, c'est réussi : filmé en numérique, caméra portée la plupart du temps, on est près des personnages, près de leur environnement, le côté à la fois salvateur et mortel de la forêt tropicale est bien rendu, ça va vite (un peu trop parfois : en plus d'avoir un souffle à faire pâlir Zatopek, ils ont une rapidité qui n'envie rien à celle de Michael Johnson !).
Sinon, que dire de la volonté de réduire les Mayas à ça : 3 pyramides desquelles coulaient des flots de sang ?

Je vous mets en lien l'excellent article de mon distingué confrère snake qui synthétise bien ce que nous en avons dit à la sortie du film (à ceci près qu'il a plutôt aimé et moi pas !)

dimanche 7 janvier 2007

Le Héros de la Famille

Comment survivre à la mort du père ?
C'est là tout l'enjeu de ce film français (et ce n'est pas péjoratif…), très bien interprété (mention spéciale à Claude Brasseur, Gérard Lanvin, Miou-Miou, Emmanuelle Béart, Géraldine Pailhas… Bon, tout le casting en fait :p ).
L'histoire ? Gabriel Stern, ou plutôt Gabrielle (Claude Brasseur), patron du casino "le Perroquet Bleu" à Nice décide de s'en aller ("mes souvenirs partaient… j'ai voulu partir avec eux" explique-t'il). Sa famille (celle que l'on choisit…) se retrouve autour du cercueil. Ce n'est pas l'heure des règlements de comptes, mais plutôt celle de faire le point sur sa vie… Aller de l'avant. Forcément des accrochages, des retrouvailles, des rancœurs, des joies, des secrets inutiles percés à jour… la vie, quoi !
Le film se laisse regarder, sans être transcendant : un bon film du dimanche soir à la télé, en quelque sorte. Les dialogues sont bons, quelques jeux de mots recherchés et plaisants.
Bref, une bonne impression générale, mais est-ce assez pour payer les presque 9 € que coûte la place (merci la carte illimité, en passant !) ?